Villes et inégalités

En réponse à un récent article du journal local…

De l’égalité et de l’inégalité dans les villes de plus de 10 000 habitants

Dans son numéro du 18 septembre, la NR édite un article sur Montlouis, en titrant : « La ville et son maire sont récompensés » (http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et- Loire/communes/Montlouis-sur-Loire)

Récompensés pourquoi ? Récompensés par qui ?

L’Observatoire des inégalités, Le Compas et La Gazette des communes ont créé un comparateur des villes françaises de plus de 10.000 habitants en matière d’inégalités et de revenus.

« Le classement fait ressortir que Montlouis se situe dans le peloton de tête des villes françaises égalitaires puisqu’ils la classent à la 13e place au niveau national et à la première en Indre-et- Loire. » A titre de comparaison, la France obtient l’indice 0.37, le département 0.33 et Montlouis 0.28. Le comparateur prend en compte, notamment, l’indice GINI qui compare la distribution des revenus sur le territoire. Plus l’indice est proche de 0 plus la ville est égalitaire, plus il tend vers 1 plus la ville est inégalitaire.

En fait, ce ne sont pas les responsables des sites et journaux concernés qui classent les ville, comme s’ils établissaient un palmarès, ce sont les données statistiques qui établissent un ordre, lequel appelle des commentaires, et n’est pas là pour distribuer des médailles en chocolat !

L’enquête, rendue publique dernièrement, est donnée par la NR « comme un coup de chapeau au travail effectué par la municipalité au moment même où le maire a annoncé son retrait de la vie politique locale ».

Mais cette approche qui désigne le premier de la classe, sur le plan de la rigueur scientifique, n’a aucun sens ! Il s’agit d’un jugement de valeur porté sur un constat statistique. Dans un dossier très documenté, la Gazette des communes montre que le classement n’est pas à prendre comme une hiérarchisation des communes (de la meilleure à la plus mauvaise). Il n’y est pas question d’une « élite » égalitaire, pas plus que de récompense à décerner aux maires concernés.

Ce dossier a été publié d’abord par l’observatoire des inégalités … les explications de Louis Maurin, directeur de l’Observatoire (www.inegalites.fr) sont intéressantes à plus d’un égard. Méthodologie : Les données ont été exploitées sous forme d’un classement des villes les plus inégalitaires et des villes les plus égalitaires à partir des chiffres des revenus 2010 , en se limitant aux communes de plus de 10 000 habitants pour plus de lisibilité. Ces communes représentent la moitié de la population française.

On peut en tirer plusieurs enseignements significatifs :

1 – Plus une ville est petite, moins elle est inégalitaire(voir les tableaux ci-dessous) Parmi les 50 villes les plus égalitaires, on compte deux villes de plus de 30 000 habitants. Montigny-le-Bretonneux (banlieue parisienne) avec un indice de Gini de 0,28 et Rezé près de Nantes qui affiche 0,29.

La ville la plus égalitaire (parmi celles de plus de 10 000 habitants) est Plouzané avec 0,26, une commune de 11 000 habitants de la banlieue brestoise. (Rappel :Montlouis, 11 000 habitants, indice 0,28, NDR)… Brest est la commune de plus de 100 000 habitants la plus égalitaire (0,35) mais elle n’arrive qu’à la 461e place sur 892 au classement global.

A l’inverse, on compte peu de villes de petite taille parmi les plus inégalitaires. C’est logique : les grandes communes concentrent aussi les logements sociaux et le parc locatif privé dégradé, là où peuvent se loger les plus pauvres.

La France « périphérique » ou pavillonnaire compte beaucoup moins de pauvres et d’inégalités que les villes centre, entre leurs quartiers huppés et leur périphérie proche [Lire : Villes, périurbain rural, quels sont les territoires les moins favorisés ? ].

Une ville inégalitaire, c’est mal ?

Le niveau des inégalités au sein d’une ville indique que des riches et des pauvres y vivent. Après tout, cela pourrait être un signe d’un relatif maintien de la mixité sociale.

Il y a de bonnes chances que la mixité des populations aille de pair avec l’égalité … Les villes peuvent être plus égalitaires, aussi parce que les écarts de loyers sont moins grands. Ceci dit, cette situation n’est valable que dans les villes de revenus moyens, dans les communes de type riche-égalitaire, les plus pauvres n’ont que rarement les moyens d’habiter la commune… Les maires sont-ils responsables ?

Il serait imprudent de tirer de ce classement des leçons de gestion municipale à l’heure du bilan. Que pouvait faire un maire élu en 2008 face à un indicateur aussi structurel, et à l’histoire et la conjoncture économique et sociale ? Difficile d’empêcher les usines de fermer – parfois hors de sa commune d’ailleurs, on ne vit pas toujours où l’on travaille – et la population de pointer au chômage.

Ceci dit, certaines villes aisées (Neuilly-sur-Seine, Saint-Maur-des-Fossés ou Nice), ont tout fait pour éviter d’avoir à accueillir les plus démunis… D’autres, moins aisés, y parviennent aussi ! A l’inverse, certaines communes – comme Béziers ou Grenoble – ont continué à estimer qu’il convenait de loger les catégories populaires, en dépit des difficultés. Elles sont parfois marquées par les inégalités. La politique du logement social devrait aussi figurer au bilan qui servira à l’électeur à se prononcer en 2014.

Conclusion

Riches ou pauvres, inégales ou égales, les communes de plus de 10 000 habitants offrent des réalités sociales très différentes. Un univers sépare le Vésinet de Maubeuge . Cela ne signifie pas que la qualité de la vie y soit meilleure et notamment ne préjuge en rien de la dynamique municipale, au contraire.

Pour partie, la collectivité compense les écarts par le biais des services publics : sans ces derniers, peu nombreux seraient les habitants des communes pauvres qui auraient accès à la santé, à la sécurité ou

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